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mardi, 18 septembre 2018

" ILS ONT OSE LE DIRE " CHRONIQUE DE MICHEL FELTIN-PALAS .

 

Ils ont osé le dire !

Petite anthologie des propos méprisants d’une certaine "élite" contre les langues régionales.

Si l’on veut comprendre pourquoi, de manière apparemment inexplicable, la France laisse en jachère son patrimoine linguistique, il faut insister sur deux points. Le premier est connu : le pouvoir central a toujours craint que la pratique d’une langue minoritaire ne débouche sur des revendications séparatistes (le risque, de fait, existe, comme le montre la situation en Catalogne). Le second l’est moins : une certaine « élite » est éduquée dans l’ignorance et le mépris des langues autres que le français. Pour s’en convaincre, il suffit de consulter l’incroyable recension qu’a effectuée la lexicographe Josiane Ubaud, sur son site. En voici quelques extraits saisissants.


Claude ALLEGRE, ancien ministre de l’éducation nationale

« Il faudrait que la France fabrique des informaticiens parlant anglais et on nous propose de fabriquer des bergers parlant breton ou occitan. » (Sud-Ouest, 30 avril 2001). 

CHARLIE-HEBDO

« Lou Jospinou annonce que la France va signer la Charte [européenne des langues régionales ou minoritaires] (...). Les Aborigènes vont pouvoir parler leur patois, pardon, leur langue, sans se faire rire au nez. Et peut-être même garder leur accent, c’est-à-dire leur béret et leurs sabots. » (7 octobre 1998)

Denis DIDEROT et Jean LE ROND d’ALEMBERT

« Patois (Gramm). Langage corrompu tel qu’il se parle presque dans toutes les provinces : chacune a son patois (...). On ne parle la langue que dans la capitale. » (Encyclopédie, 1751-1772)

Jean DUTOURD, académicien

« Monsieur Lang ayant créé un Capes de patois breton, pourquoi ne pas créer un Capes de mendicité ? » (France-Soir Magazine, 1985)

Arlette LAGUILLIER, ancienne porte-parole de Lutte ouvrière

« Je crois que [les écoles bretonnes] limitent le développement, que ça peut limiter le développement intellectuel des enfants. » (TV Breizh, avril 2002)

Jules MICHELET, historien

« Mais la dualité éclate ; d’une part, le petit peuple français, brillant, lettré et parlant à merveille. D’autre part, très bas, plus bas que jamais, la grande masse gauloise des campagnes, noire, hâve, à quatre pattes, conservant les patois. » (Gloires et Victoires. Traité de Westphalie)

Michel ONFRAY, philosophe

Réintroduire les langues régionales ? « Son équivalent en zoologie consisterait à réintroduire le dinosaure dans le quartier de la Défense. » (Le Monde, 10 juillet 2010)

Georges POMPIDOU, président de la République

« Il n’y a pas de place pour les langues et cultures régionales dans une France destinée à marquer l’Europe de son sceau. » 

Charles-Maurice de TALLEYRAND-PERIGORD, homme politique

« La langue de la Constitution y sera enseignée à tous [dans les écoles primaires] ; et cette foule de dialectes corrompus, derniers restes de la féodalité, sera contrainte de disparaître. » (1791)

On pourrait continuer encore longtemps, mais on l’aura compris : la condescendance à l’égard des langues dites régionales est depuis longtemps la règle chez nombre de nos politiques et de nos intellectuels. Une condescendance d’autant plus prégnante que les intéressés n'ont guère de culture en la matière. Lesquels ont lu Frédéric Mistral, prix Nobel de Littérature pour une œuvre écrite en provençal ? Lesquels savent qu'au XIIe siècle, le prestige du picard était largement supérieur à celui de la langue du roi ? Lesquels ont étudié l’œuvre des troubadours qui, avec la langue d’oc, éblouirent à la fin du Moyen-Age l’Europe littéraire? Aucun ou presque. En soi, ce n’est pas bien grave : personne ne peut maîtriser tous les domaines du savoir. Mais par pitié : qu’ils aient à l’avenir la décence de ne plus rien affirmer à propos d’un sujet que, visiblement, ils ne maîtrisent pas.
MICHEL FELTIN-PALAS / L'EXPRESS .

 

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