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mardi, 26 juin 2018

" SUR LE BOUT DES LANGUES " LETTRE-INFO DE M. FELTIN-PALAS .

 
Francophonie : Macron en pleine schizophrénie

Tant pis pour l’actualité : j’ai décidé de revenir cette semaine sur le discours sur la « stratégie pour la langue française » qu’a prononcé Emmanuel Macron à l’Académie française, le 20 mars . Je sais, c’est un peu tard, mais il y a à cela une bonne raison : ma lettre d’information n’existait pas à l’époque.

Voilà pour la forme, passons au fond. Et disons-le tout net : les propos du président de la République ont beaucoup choqué. En cause, notamment, une assertion aussi contestable que contestée : « Nous sommes le seul pays de la Francophonie qui ne vit qu’en français. »

Erreur involontaire ? Provocation assumée ? Cette affirmation correspond en tout cas à une erreur factuelle manifeste. Elle revient à oublier que la France est un territoire linguistiquement composite, et pas seulement en raison de sa forte et récente immigration. « Au XVIIIe siècle, seuls 3 des 25 millions de Français comprenaient la langue nationale, rappelle le linguiste Alain Bentolila. Partout ailleurs, les langues régionales dominaient. » Et encore aujourd’hui, n’en déplaise au chef de l’Etat, le franco-provençal, le gascon ou le picard sont pratiqués en métropole par environ 1 adulte sur 16, selon l’Insee.      

On comprend dès lors la colère provoquée par Emmanuel Macron : « Cette phrase du chef de l’Etat est ahurissante ! tonne ainsi David Grosclaude, ancien président de l’Office public de la langue occitane. Comment peut-on nier l’existence des citoyens de la République qui sont bilingues en parlant l’occitan, le basque, le breton, le corse, le catalan, l’alsacien ? » 

Plus gênant encore : cette étonnante déclaration  décrédibilise l’ensemble d’un discours qui se voulait une ode au plurilinguisme. Quelle idée, en effet, a voulu promouvoir le président ? Celle-ci : « La francophonie doit faire droit aux autres langues, en particulier aux autres langues européennes mais à toutes les langues que la mondialisation fragilise ou isole. » Une idée que l’on ne pourrait qu’applaudir…  si elle n’allait exactement à l’inverse de sa politique en France. N’est-ce pas Emmanuel Macron lui-même qui a dénié au picard, au flamand ou à l’auvergnat le statut même de langue en les ravalant au rang de « patois », lors d’une spectaculaire visite au côté de Stéphane Bern ?  N’est-ce pas lui qui a refusé au corse un statut de co-officialité, pourtant banal dans d’autres pays du Vieux Continent ? N’est-ce pas lui qui a déclaré jeudi dernier à Quimper qu'il faudrait  « pérenniser » l'enseignement des langues régionales... tout en privant régulièrement les écoles dont c'est la mission des moyens dont elles ont besoin ? Une contradiction que résume l’autonomiste corse François Alfonsi avec une ironie amère : « Traduction : oui à l’allemand à Paris pour concurrencer l’anglais, mais pas question de rendre l’allemand co-officiel en Alsace où il est dans son espace historique naturel ! »  

Décidément mal inspiré, le chef de l’Etat a même rendu hommage à… l’abbé Grégoire, grand adversaire de l’esclavagisme, certes, mais aussi auteur en 1794 d’un sinistre « rapport sur la Nécessité et les Moyens d’anéantir les Patois et d’universaliser l’Usage de la Langue française ». Comme incarnation du plurilinguisme, n’était-il vraiment pas possible de choisir une autre personnalité ?

Pendant sa campagne électorale, pourtant, Emmanuel Macron avait répondu aux associations occitanistes qui l’avaient sollicité : « Le respect et la valorisation de sa propre diversité linguistique permettront à la France au plan international de mieux faire respecter celle du monde et ainsi contribueront à son retentissement international. » 

Le candidat Macron avait parfaitement raison. Le président Macron devrait le relire.
MICHEL FELTIN-PALAS / L'EXPRESS .

 

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