Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

mardi, 12 juin 2018

NOS LANGUES REGIONALES SAUVEES PAR L'EUROPE ? ( M.FELTIN-PALAS) .

http://images.mailperformance.com/B2D1/06H/portrait-michel.png

 
NOS LANGUES RÉGIONALES SAUVÉES PAR L'EUROPE ?

Visiblement, c’est un sujet qui dérange, l’une de ces actualités qui n’ont  droit ni aux 20 heures ni aux gros titres des journaux – en France, du moins. Et pourtant… Le 4 avril dernier, la pétition citoyenne européenne sur les droits linguistiques a largement dépassé le million de voix nécessaires pour qu’un projet de loi soit déposé au Parlement en recueillant exactement 1 215 879 signatures. Un petit exploit : malgré une quarantaine de tentatives, ce n’est que la cinquième fois que la barre fatidique est franchie depuis la création de cette procédure, en 2012.

Allemands au Danemark, Croates en Autriche, Catalans en France : une cinquantaine de millions de citoyens européens sont concernés par ce texte. Ces différentes communautés linguistiques restent toutefois prudentes car bien des étapes sont encore nécessaires pour que le processus aille à son terme. Les Etats disposent d’un trimestre pour valider les signatures _ mais la marge est telle que ce devrait être le cas dans les prochains jours - et la Commission d’un autre trimestre pour examiner cette initiative avec la possibilité de s’y opposer - elle l’a déjà fait. Et c’est seulement si Bruxelles accorde son feu vert qu’une proposition législative sera soumise au Parlement ou au Conseil Européen, probablement à la fin de l’année. Avec une question redoutable à trancher : doit-on donner priorité à la protection des minorités culturelles ou à la stabilité des Etats-Nations ?

Imaginons cependant que le processus aille à son terme, comme le pensent la plupart des observateurs. Jean-Pierre Lesvesque et Patrick Malrieu, de l’Institut culturel de Bretagne, expliquent, à travers trois cas concrets, ce qui pourrait changer dans leur région. « France 3 et France Bleu devront diffuser davantage d’émissions en langue régionale. La direction régionale de l’équipement ne pourra plus s’opposer aux panneaux bilingues breton-français sur les routes de Loire-Atlantique, comme elle le fait actuellement. L’Etat devra payer le personnel non enseignant travaillant dans les écoles immersives en langue régionale, un élément décisif pour transmettre le breton aux jeunes générations. » De fait, en cas de mauvaise volonté des pouvoirs publics, un citoyen et/ou une association pourront saisir la cour de justice de l’Union, avec de bonnes chances de gagner, puisque le nouveau texte s’imposera aux Etats-membres.

Ce serait une petite révolution pour la France, dès lors que notre pays s’est toujours montré réticent à l’égard des minorités linguistiques- doux euphémisme -, de crainte d’alimenter les revendications séparatistes. L’actualité récente en offre de multiples exemples : refus de nommer des enseignants en nombre suffisant dans les écoles basques, d’accorder un statut de co-officialité à la langue corse, d’autoriser des parents à écrire le prénom de leur enfant selon l’orthographe traditionnelle bretonne, et l’on en oublie... 

De quoi expliquer, sans le justifier, le silence médiatique dont la pétition a été l’objet. Comme son faible succès dans l’Hexagone : moins de 10 000 signatures chez nous, contre… 455 000 en Hongrie. Il est vrai que Paris avait choisi la procédure la plus dissuasive, en obligeant les pétitionnaires à indiquer sur internet leur numéro de carte d’identité ou de passeport. Un hasard, sans doute…
MICHEL FELTIN-PALAS - L'EXPRESS .

 

Écrire un commentaire