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mardi, 29 mai 2018

" LA LANGUE BEARNAISE DANS LA COURSE "- MICHEL FELTIN-PALAS (L'EXPRESS)

 
  Michel Feltin-Palas
michel.surleboutdeslangues@groupelexpress.fr
 
 
LA LANGUE BÉARNAISE DANS LA COURSE

C’est une épreuve que l’on ne verra jamais aux Jeux Olympiques, une course où personne ne se préoccupe de signer la moindre performance sportive, un relais où l’essentiel n’est pas de gagner mais de défendre une cause. Du 25 au 27 mai, des amis, des familles, des collègues, des voisins, des femmes et des hommes, des riches et des pauvres, des jeunes et des moins jeunes, ont porté un témoin à travers le Béarn et le bas-Adour. Ils sont partis de Bidache le vendredi à 14 heures, pour arriver à Pau 48 heures plus tard. Ils ont progressé de jour comme de nuit, suivant un parcours de 400 kilomètres à travers les plaines, les coteaux, les gaves et les montagnes des Pyrénées-Atlantiques. Dans quel but ? Le simple, le pur, le fol amour de leur langue régionale - que certains appellent le béarnais et d’autres le gascon ou l’occitan. Une démarche tout en symboles, évidemment : «Le relais qui se transmet d’un coureur à un autre représente la nécessaire transmission de la langue d’une génération à l’autre», observe Daniel Barneix, le président de l’association Ligams, à l’origine de cette initiative pas comme les autres. Sachant que le nom de la course, lui non plus, n’a pas été choisi au hasard : passem signifie « passons ».

En Béarn, c’était une première et ce fut un succès. A la surprise des organisateurs, les 400 kilomètres de la course ont tous été vendus, à raison de 100 euros le kilomètre. « Pour notre baptême du feu, nous en espérions seulement la moitié ! » se réjouit Daniel Barneix. A l’évidence, la thématique a rencontré un écho très large, dépassant le premier cercle des locuteurs et des militants. Il est vrai que la culture locale est très enracinée dans ce pays à l’identité plus forte qu’on ne le croit. Et que la langue, bien qu’en déclin, y reste très présente, notamment lors des fêtes de village et les troisièmes mi-temps de rugby - où l’on chante souvent en lengue noustë (notre langue)Les organisateurs le reconnaissent volontiers : les Béarnais n’ont rien inventé. Ce sont les Basques qui, les premiers, ont lancé une course équivalente, la Korrika (en courant), en 1980. Les Bretons ont suivi en 2008 avec la Redadeg (la course) - dont ils ont bouclé la cinquième édition le 12 mai dernier. En Europe, Catalans, Irlandais, Galiciens se relaient eux aussi pour défendre leur langue. A chaque fois, les objectifs sont les mêmes : rassembler tous ceux qui, à leur manière, défendent la culture locale, qu’ils soient enseignants, chanteurs ou écrivains ; sensibiliser les médias et l’opinion publique à travers un événement sportif et convivial - des fêtes ont lieu tout au long du parcours ; enfin et surtout, encourager la population à se réapproprier une langue longtemps dévalorisée par Paris, ne serait-ce qu’en lançant un sonore adishatz (bonjour) en entrant dans un magasin.

Cette édition de la Passem aura des suites. « Nous renouvellerons la manifestation tous les deux ans, annonce déjà Daniel Barneix, en variant le parcours pour faire participer tous les villages, et en associant nos cousins landais et bigourdans ». L’argent recueillisera affecté à une fondation qui sélectionnera les meilleurs projets. : enregistrements de locuteurs natifs, matériel pédagogique pour les enseignants, site internet de chansons… Tout est possible, pourvu que cela favorise le maintien et la transmission de la langue. En un mot ? Passem !
MICHEL FELTIN-PALAS / L'EXPRESS .

 

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